Jean-Claude Marguerite

littérature et photographie

Category: “tous lire”

Aurais-je raté ma vocation ? (podcast)

Selon Neil Jomunsi*, j’ai raté ma vocation, celle d’homme-orchestre. C’est du moins ce qui ressort de la présentation de l’entretien-promenade qui s’est déroulé dans les allées du cimetière du Père-Lachaise à Paris. Pourquoi ce cimetière ? Pourquoi homme-orchestre ? Tout est dit dans ce podcast, un peu moins d’une heure sur la littérature, la photo, la musique, le dessin, l’édition, les enfants…

Jean-Claude Marguerite a raté sa vocation d’homme-orchestre, mais continue de toucher à tout : écrivain, journaliste, publicitaire, photographe, il est notamment l’auteur de deux romans, « Le Vaisseau Ardent » (Denoël) et « Conte de la plaine et des bois » (Les Moutons Électriques). Avec lui, je remonte les allées du Père-Lachaise pour causer écriture, lumière et temps qui passe.

Sur la photo, voir celles du statutaire féminin du Père-Lachaise, celles des affiches altérées du métro parisien.

  

 

*(éditeur Walrus, blogueur page42.org, et nouvelliste marathonien du projet Bradbury), Neil Jomunsi propose désormais Pod42, “le podcast où pendant une heure, on parle de tout et de rien avec celles et ceux qui font la culture, et c’est très bien comme ça.”

Actualiser Perrault…

Pour ”tous lire”, j’ai adapté de nombreux contes à destination d’enfants qui rencontrent de grandes difficultés dans l’apprentissage de la lecture. Grâce à eux, j’ai redécouvert Charles Perrault, que je croyais connaître. Je me suis souvenu que lorsque j’ai souhaité le lire à mes filles, je m’étais heurté à une langue trop ardue, peinant à comprendre certains mots, déconcerté par des expressions. Après avoir réécrit Cendrillon et Le Petit Poucet pour la collection PREMIERS CONTES, je me suis replongé dans ces textes pour les dépoussiérer et proposer Les Contes de ma mère l’Oie, en français d’aujourd’hui destiné à tous.

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Voici un extrait de la post-face :

Pourquoi « actualiser » Perrault ? Voilà la question qui s’est posée vers le milieu du XIXe siècle : la langue avait évolué en cent cinquante ans, trop pour continuer à s’adresser au plus grand nombre. Certes, le texte restait beau en lui-même, et apprécié de certains amateurs pour qui ses archaïsmes constituaient autant de régals. Mais, sans cette modernisation des « Contes de ma mère l’Oye », connaîtrions-nous « Le Petit Chaperon rouge » ou « La Belle au bois dormant » autrement que signés des frères Grimm ?

Au début du XXe siècle, une nouvelle édition en a été établie, calquée sur la précédente, laquelle avait éludé certaines « moralités », mais expliquait déjà en note en bas de page quelques termes surannés. Cette version figure au catalogue de nombre d’éditeurs – dans une langue qui accuse donc à nouveau cent cinquante ans (et plus…).

Hollywood ne cesse de s’inspirer des contes de fées, quitte à les dénaturer pour les plier aux exigences de son commerce : c’est là un indice sur l’importance de ces textes, la puissance de leur imaginaire et la fragilité de notre patrimoine. Ils sont l’héritage d’une longue tradition orale, et par là se trouvent ancrés dans notre imaginaire collectif. Ils sont indispensables à notre éveil, à l’apprentissage du monde et à la maîtrise de nos peurs. Ils forment encore la porte des bibliothèques, et sont l’un des piliers de l’imaginaire littéraire.

À l’heure où l’industrie du divertissement empiète sur notre temps de lecture, n’oublions pas Perrault. Avec lui, le Petit Chaperon rouge n’est pas sauvé par les chasseurs, la Belle au bois dormant encourt un plus grand risque en compagnie de sa belle-mère qu’à se piquer le doigt… L’imaginaire littéraire est un arbre charmant aux ramages fluctuants, mais l’arbre dépérit si l’on néglige ses racines.