Photo ou littérature ?

Écrire, photographier : deux états d’une même urgence.

Longtemps, j’ai été partagé entre littérature et photographie. Le dessin, la composition musicale m’attiraient également. Vers l’âge de 20 ans, la photographie s’imposait doucement, peut-être parce que je suis un flâneur attentif. Tout se passait dans l’instant, et l’instant me réclamait tout entier. Cette fausse nonchalance, qui exige une telle concentration, je l’ai retrouvée dans chaque paragraphe, bien plus tard.

Un attentat décisif

L’agence Viva traversant une crise, son invitation à la rejoindre est restée lettre morte. Je devais également gagner ma vie, je suis entré à Ouest-France pour remplacer les journalistes pendant leurs congés. J’avais cependant confié mes maigres archives, que cet emploi de localier m’a aidé à étoffer, à l’agence Fotolib. Issue de l’Agence de Presse Libération, d’où est né le quotidien Libération, celle-ci fut bientôt victime d’un attentat politique. J’étais en vacances, je ne l’ai appris que quelques jours plus tard : le feu avait été mis dans ses locaux. Persuadé que tous mes négatifs avaient brûlé, je n’ai pas téléphoné pour en savoir plus, j’ai attendu de m’y rendre.
En sortant du métro qui m’y conduisait, j’avais les poèmes de Rimbaud dans une poche, et je me demandais si je devais prendre cette destruction pour un signe : abandonner la photo, me consacrer à l’écriture. La question à peine formulée, je me suis dit que personne ne me dicterait mon chemin, d’une façon ou d’une autre. J’étais bien jeune…
En fait, l’incendie n’avait pas pris, mais c’étaient mes planches-contacts (le reportage sur la moisson) qui avaient été utilisées pour tenter de l’allumer. Tandis que je discutais avec le laborantin qui avait été ligoté et menacé avec une arme, celui-ci crut reconnaître son agresseur en regardant par la fenêtre. Nous l’avons pisté, armés de planches chipées au bas de l’immeuble. Heureusement, nous ne l’avons pas rattrapé. Épisode surréaliste.
Pendant une dizaine d’années, la photo l’a donc emporté sur la littérature.

Clichés et d’autres choses

Je n’ai cependant jamais cessé d’écrire, j’ai commencé de monceaux de nouvelles et de romans, touché à la poésie, flirté avec l’essai. J’ai adressé par voie postale quelques manuscrits, reçu un appel téléphonique de l’assistante de Françoise Verny, fraîchement arrivée chez Gallimard, qui me demandait un roman (je lui avais adressé un ensemble de nouvelles, intitulé Clichés…). Mais quel roman ?
Le nom de ce recueil s’était imposé par sa thématique (des instantanés de vie amoureuse) et leur rédaction hâtive (une douzaine de textes en deux semaines). Un roman exigeait, à double titre, un autre rapport au temps.
J’ai donc mis des années à trouver plus qu’un sujet, un propos, avec Le Vaisseau ardent. Puis, issu d’un recueil d’esquisses de jeunesse (manuscrites, mais aussi dessinées), j’ai publié ce que j’avais déjà prévu d’intituler Conte de la plaine et des bois, bien que le texte n’ait fait que rebondir sur cette idée qui ne m’avait jamais quittée.
En préparation (depuis longtemps), un recueil de nouvelles. En cours d’achèvement, un roman sur la photographie (tiens, tiens…), et, en cours d’épuisement (de l’auteur), un (long) roman d’aventure (et de fantastique).