Jean-Claude Marguerite

littérature et photographie

Littérature

Photo ou littérature ?

Longtemps, j’ai été partagé entre littérature et photographie. Le dessin, la composition musicale m’attiraient également. Vers l’âge de 20 ans, la photographie s’imposait doucement, peut-être parce que je suis un flâneur attentif. Tout se passait dans l’instant, et l’instant me réclamait tout entier. Cette fausse nonchalance, qui exige tant de concentration, je l’ai retrouvée dans chaque paragraphe.

Un attentat décisif

L’agence Viva traversant une crise, son invitation à la rejoindre est restée lettre morte. Je devais également gagner ma vie, je suis entré à Ouest-France pour remplacer les journalistes pendant leurs congés. J’avais cependant confié mes maigres archives, que cet emploi de localier m’aidait à étoffer, à l’agence Fotolib.

Issue de l’Agence de Presse Libération, d’où est né le quotidien Libération, celle-ci fut bientôt victime d’un attentat. J’étais en vacances, je ne l’ai appris que quelques jours plus tard : le feu avait été mis dans ses locaux. Persuadé que tous mes négatifs avaient brûlé, je n’ai pas téléphoné pour en savoir plus, j’ai attendu de m’y rendre.

En sortant du métro qui m’y conduisait, j’avais la main enfoncée dans ma poche, où se trouvaient les poèmes de Rimbaud, et je me demandais si je devais prendre cette destruction pour un signe : abandonner la photo, me consacrer à l’écriture. La question posée, j’ai opté pour l’autre réponse : personne ne me dicterait mon chemin, d’une façon ou d’une autre. J’étais si jeune…

En fait, l’incendie n’avait pas pris, mais c’étaient mes planches-contacts qui avaient été utilisées pour tenter de l’allumer (le reportage sur la moisson). Tandis que je discutais avec le laborantin qui avait été ligoté et menacé avec une arme, celui-ci crut reconnaître son agresseur en regardant par la fenêtre. Nous l’avons pisté, armés de planches chipées au bas de l’immeuble. Heureusement, nous ne l’avons pas rattrapé. Épisode surréaliste…

Clichés

Pendant une dizaine d’années, la photo l’a donc emporté sur la littérature. Celle-ci ne fut pas absente, j’ai commencé de monceaux de nouvelles et de romans, touché à la poésie, flirté avec l’essai. J’ai adressé par voie postale quelques manuscrits, reçu un appel téléphonique de l’assistante de Françoise Verny, fraîchement arrivée chez Gallimard, qui me demandait un roman (je lui avais adressé un ensemble de nouvelles, intitulé Clichés…). Mais quel roman ?

Le nom de ce recueil s’était imposé par sa thématique (des instantanés de vie amoureuse) et leur rédaction hâtive (une douzaine de textes en deux semaines). Un roman exigeait, à double titre, un autre rapport au temps.

J’ai donc mis des années à trouver plus qu’un sujet, un propos, avec Le Vaisseau ardent.

1 Commentaire

  1. Je me souviens d’un ouvrage intitulé « Sauvez le Bocage » paru aux environs de 1972

    Le Vaisseau ardent je l’ai lu deux fois et le garde précieusement

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