Jean-Claude Marguerite

littérature et photographie

Notre Lascaux

Depuis que j’ai lu Micromegas, au lycée, je m’amuse à regarder autour de moi comme si je venais d’un autre monde et que je m’efforçais de comprendre celui-ci. Et voilà que sur un parking, je découvre ces trois personnages. Certes, la simplicité des pictogrammes vise à une intelligence universelle immédiate. C’est louable et justifié, mais… Au fil des mois, ces peintures s’incrustent dans le sol, se confondent à l’asphalte. Qu’en penserait un extraterrestre, s’il ne demeurait que cela de nous ? La modestie du trait figure un renouveau de l’art pariétal. Ces empreintes nous décriront-elles comme des génies technologiques ou une espèce primitive ?

Notre Lascaux
Région parisienne, 15 février 2023. 

#streetphotography #streetart #photo #climat #urbanisme #design

Festival street art

Trois images de ce week-end, lors du Festival de street art d’Antony (92). 

Un enfant, pull jaune et casque de cycliste bleu, pose devant une peintre de street art représentant une mésange nourrissant son petit, dans les mêmes couleurs. Au fond, on voit un artiste sur son escabeau. © Jean-Claude Marguerite
Le matériel d'une artiste de street art, la photo du singe qu'elle a représenté, sur un bout de toile avec un chiffon et un pinceau. © Jean-Claude Marguerite

La faune y était un thème majeur, dont des oiseaux familiers ou des animaux de nos forêts, représentés comme sujets plus que comme prétexte à démonstrations de style. J’y ai vu de la nostalgie, mais aussi un soupçon de revendication. Voire, l’expression d’un manque. Les enfants n’étaient pas les seuls à manifester un intérêt pour ce thème.

Qui ia écrit ?

Cette semaine, quelqu’un devant moi s’est emporté parce qu’un vigile lui a demandé d’ouvrir son sac en sortant d’un magasin. Il trouvait intolérable d’être soupçonné de vol. Je le comprends, j’ai tendance à réagir de même. Mais qu’il ait raison de s’indigner ne donne pas tort au service mis en place contre le vol. Il lui suffisait de sortir son ticket, d’ouvrir son sac, et le soupçon était levé. Pourquoi a-t-il refusé de le faire ?

Plusieurs fois, cet été, des romans ont été soupçonnés d’avoir été générés (je ne dirai pas « écrit ») par une IA – ou avec son recours. Je comprends les réactions des auteurs, je m’interroge sur la crédibilité des systèmes de détections (outre le fait qu’on s’en use pour juger un texte retenu par un éditeur), je n’omets pas le pillage des écrits pour l’entraînement des modèles. Et je fustige l’instrumentalisation de ces dénonciations intéressées. 

Mais le ticket ? 

Même si l’on n’écrit que sur écran, je peine à imaginer qu’un auteur ne fasse pas de brouillons pour certains passages, de sauvegardes partielles ou intégrales, sur disque dur ou serveur (ceux-là ayant un système de datation, voire d’incrémentation, non susceptible d’être manipulé par un tricheur), voire de copies imprimées… 

Bon, je suis un romancier lent, qui récrit tout le temps, qui isole quelques pages pour s’y concentrer, qui garde tout (sauf le papier, pour ne pas en faire des caisses, mais avec regret pour l’esthétique des notes manuscrites sur une page tapuscrite). Si j’ouvre mon sac, on y trouvera des tonnes d’octets de versions intermédiaires, sur au moins un ordi, un ou deux clouds, une ou deux liseuses. Je ne les conserve pas pour prouver quoi que ce soit, mais par prudence. Je n’ai aucune envie de quiconque y jette un œil.

Ne pas s’y plier ne signifie pas que l’on a quelque chose à cacher. Mais cela alimente le doute. Or, cette situation va se répéter. En photographie, des systèmes traçant les modifications apportées aux fichiers bruts se mettent en place (lentement, pas pour tout le monde). Et les professionnels s’en sentent soulagés.

#Orélien

Conte de la plaine et des bois

En octobre, comme il se doit, parce que c’est le mois de l’Imaginaire et parce que l’action de ce court roman se déroule lors de la Croisade des feuilles contre l’hiver, reparaît Conte de la plaine et des bois. Initialement publié aux éditions de Moutons électriques, maison qui a malheureusement disparu au début de l’année 2025, ce court roman est de nouveau disponible en numérique sous une nouvelle couverture (composée par son auteur). Proposé pour octobre 2025 à 0,99 € (tout comme la version numérique du Vaisseau ardent) avant de passer à 3,99 €.

Extrait de la nouvelle couverture de Conte de la plaine et des bois.

Soumis et soumises.

Paris, affiche(s), 22 décembre 2003.

Ce petit homme a bien du mal à escalader ce corps. Contrairement à ce que proclame le graffiti, c’est la femme qui le domine. Mais on ne voit d’elle que le soutien-gorge, d’une teinte associée à la volupté. Et puis, à l’évidence, cette disproportion relève du gag. Pourtant, bien des hommes pourraient s’identifier à ce personnage, qui tente d’atteindre ce que le texte clame. Ils s’évertuent à se comporter à l’exemple du mâle alpha, alors qu’ils ignorent qu’ils pourraient s’affirmer autrement, sans démériter. Mais le savent-ils? Ou, plus exactement, leur laisse-t-on le savoir?
Le sexisme repose sur un modèle auquel la plupart des hommes s’échinent à se conformer, alors qu’il ne leur correspond pas. Et bien des femmes s’accordent à ce stéréotype, qui ne leur convient pas davantage.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Clouée.

Paris, affiche(s), 28 juillet 2007.

Clouée. Cette femme qui nous regarde est clouée à un mur, maculé. La plaie ne s’est pas refermée, la peau a rosi. Depuis combien de temps ces projections couvrent-elles ses yeux, qu’elle ne détourne pas ? Elle nous regarde. Qu’attend-elle de nous ?
L’emplacement est celui du troisième œil, dont ce supplice la prive. Comme si son tortionnaire redoutait un pouvoir spécifique à son sexe, sorcellerie et compagnie. Mais qu’importent les raisons de son martyre, ses yeux nous fixent intensément, ils ne dépérissent pas. Ils ne nous condamnent pas pour autant. Ils nous livrent à nos propres interrogations. Qui peut mériter pareil traitement ? Qu’avons-nous laissé faire ?
Et vous, que voyez-vous ?
Chaque dimanche, une photo commentée du sexisme dans Le Miroir subliminal du métro parisien.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Lacérée.

Paris, affiche(s), 20 septembre 2019.

Pourquoi lacère-t-on l’image d’une femme ? La photographie originale est prise en plongé et ne montre pas si cette femme est debout ou couchée, mais elle est dominée. On ne sait rien de son regard, sa bouche ouverte ne nous renseigne pas sur le lieu, le contexte, les enjeux. Mais quelqu’un a apporté son cutter et a découpé en deux grands gestes ce visage. Sans autre indice que ces plaies de papier, cet acte haineux relève de la misogynie. Que me dit-il encore ?
Son auteur a agi sous l’injonction d’une double projection. Il s’en est pris à une photo, il s’en est pris à ce que cette illustration éveille en lui. C’est sa tentation qu’il combat, sa propre faiblesse qu’il exhibe. Son incapacité à contenir ses pulsions le fait procureur et bourreau. L’accusée est innocente, elle n’en est pas moins sa victime.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Le poids des regards.

Paris, affiche(s), 11 décembre 2023.

Image faite ou image prise ? Ces amalgames accidentels sont parfois si évidents, si limpides, que l’on pourrait croire à un montage. Ici, le maquillage de l’homme trahit une mise en scène, alors que lui répond le dessin minimaliste d’une femme. Les deux visages se font écho – cadrages et proportions identiques, même exagération des expressions. 
Même les déchirures semblent habilement ajoutées. La principale pourrait simuler un vandalisme fortuit, sa diagonale sépare les deux protagonistes à parts égales ; les autres soulignent le regard de l’un, comme des flammes qui en jaillissent, ou abîment le visage de l’autre. Ce voisinage fait cliché, tant il illustre clairement la menace usuelle que ressentent la plupart des femmes dans le métro. 

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

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