Jean-Claude Marguerite

littérature et photographie

Violences faites aux femmes

En cette journée internationale contre les violences faites aux femmes, trois photos extraites de ma série sur les affiches du métro parisien, Nous ne sommes pas.

Métro, Paris, 2003. Paupières closes, pourquoi ? Plaisir ou souffrance ? Ces gouttes, des larmes ? Et puis, NON à quoi, à qui ? Pourquoi?
Métro, Paris, 2007. La blessure provoquée par cette flèche en plein front s’élargit, se répand, éclabousse. Mais elle n’éteint ce regard, planté, lui, dans nos yeux.
Métro, Paris, 2019. Cisaillée. Découpée, fragmentée. Tête baissée. Bouche ouverte, sans regard. Courbée, oui, mais pas résignée.

Où suis-je né, dernière visite

Après un peu plus de quatre années à poursuivre une série comme Où suis-je né, désormais? il devrait arriver un moment où je me dise « Bon, ça y est. Cette fois, j’ ai vraiment traité le sujet. » Et, de fait, l’idée revient régulièrement depuis un an. Prendre mon appareil pour faire un nouveau tour du bourg en flânerie attentive (deux heures en prenant son temps) n’a rien de réellement motivant. Je le fais quand même, mais vite fait. Ai-je tort ?

En bon Normand, je répondrais oui et non. Il arrive qu’en me forçant, je trouve une lumière qui renouvelle le sujet. Cette fois, ça n’a pas été le cas. J’ai bien fait une telle sortie thématique (trente minutes maxi), mais je n’en ai rapporté rien de bon. En revanche, en allant au pain… Et, ensuite, en m’arrêtant au cimetière dix minutes avant de rentrer chez moi…

Pendant un mois, je me suis imposé à ne sortir qu’avec une optique « normale », sur un tout petit boîtier, un ensemble qui entre dans une grande poche. Depuis une semaine, j’ai monté un 35 mm sur un plein format (ça reste compact, mais c’est deux fois plus lourd et encombrant). Ce petit grand angle n’est pas mon objectif favori, mais il aiguise autrement le regard.

Ça fait longtemps que je tourne autour de cette signalétique, enfin le bon éclairage!
Mur du cimetière, là où j’ai arrêté la voiture. Combien de fois suis-je passé là sans remarquer cette perspective?
L’entrée du cimetière, côté parking (celui de l’usine voisine).

Replanter ou disparaître

Sécheresse, canicules, orages, incendies et inondations… En 1977, j’abordai les prémices des dérèglements climatiques dans “Sauver le bocage”, première étude consacrée à ce type de paysage dans ses implications agricoles, supervisée par le Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Édité par le CRÉPAN (Comité Régional d’Étude pour la Protection et l’Aménagement de la Nature en Normandie), où il resterait quelques exemplaires, sinon on peut en obtenir copie à la BNF https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34710064k

Un réseau de haies s’apparente à une forêt linéaire, laquelle agit de deux façons sur le climat. D’abord en affaiblissant les vents au niveau des sols (ce ne sont pas des murs, mais des brise-vent, semi-perméables) et donc en évitant érosion et assèchement. Ensuite en facilitant la reconstitution des nappes phréatiques. Les pluies peuvent être violentes, les feuillages retiennent l’eau avant d’en imprégner lentement le sol. Puis, par temps sec, les arbres puisent dans cette réserve et la redistribuent (évaporation-transpiration). 

Ces deux facteurs contribuent à créer et maintenir un microclimat tempéré. Et, à l’échelle d’une région, ces microclimats se conjuguent et forment un climat plus vaste, plus ancré.

La condition pour atteindre cette efficacité, c’est la constitution d’un maillage fermé de haies. Elles peuvent enclore de grandes surfaces, tout s’étudie localement (vents, relief, environnement). L’argument de la perte de terrain, qui a conduit à l’arasement massif des haies, se voit désormais compensé par la perte croissante de rendement des Beauce artificielles.

Face au risque de stopper l’exploitation de terres agricoles, faute de rentabilité économique due aux dérèglements climatiques et aux pratiques agricoles dominantes, la question de replanter n’est plus anodine.

D’autant que les arbres absorbent nos excès de CO2

Les arbres tempèrent le climat en régulant le transfert de l’eau entre les nuages et les nappes phréatiques.

Derniers ciels

Dernières images du ciel par ma fenêtre, avant déménagement. Peut-être pas les «meilleures», mais assez représentatives de ces ciels que j’entrapercevais incidemment par le vasistas de mon bureau. Combien de fois je me suis élancé pour enregistrer une configuration capricieuse entre nuages, soleil couchant, lignes aériennes et vols d’oiseaux…
Robert Hainard disait que la chose la plus piégeante à dessiner, à égalité avec les escargots dont la lenteur estompe l’idée de mouvement, ce sont les nuages. On regarde, on dessine de mémoire, on relève les yeux pour découvrir que la disposition de toutes choses a changé.
Malgré ce précieux avertissement, je m’y suis laissé prendre plus d’une fois. 

En lien avec ce projet La tête dans les nuages (série photographique), qui m’a convaincu de reprendre la photo.

Sur la route, again

Je pensais avoir épuisé le sujet, mais j’ai tourné autour des éoliennes d’Argentan avec mon plus simple équipement. Un Sony 6000 sur lequel j’ai monté une optique entièrement manuelle et compacte (Pergear 35mm f1.6, l’équivalent d’une focale «normale»). J’avais tellement l’impression de me retrouver avec mon Leica M2 que j’ai cédé plusieurs fois au réflexe de réarmer pour avancer le film ! Quel bonheur.

Éolienne sur la route d’Argentan (juillet 2022)

“La poésie des mots”

Je découvre avec un semestre de retard une recension Instagram de Conte de la plaie et des bois, de sullyholt.

« Avec un talent indéniable, l’auteur joue sur la temporalité et les formes narratives pour évoquer le pouvoir de la création, les liens à la nature, mais aussi la dernière balade d’un homme égaré dans un décor presque humanisé où le sol, la rivière et les éléments forestiers deviennent étranges et inquiétants. »

Et de conclure : « Il est difficile de parler de cette histoire touchante sans en dire trop. Elle est subtile et les métaphores sont nombreuses. Le mieux est de la vivre à travers la poésie des mots de Marguerite.”

Les élection présidentielles (s’affichent)

À l’occasion des élections présidentielles 2022, j’ai fureté du côté des affiches près de chez moi. Toujours avec l’idée que leurs altérations (ici, délibérées) révèlent un sens caché (parfois subtile, parfois vraiment pas) qui a échappé à l’intention des militants. Pour rappel, je n’interviens ni avant ni après la prise de vue (sauf pour passer l’image en noir et blanc), mais cette fois j’ai utilisé une optique à flou et décentrement, qui permet de valoriser une portion de l’image.

Où suis-je né: première parution

Première parution sur une double-page de la série photographique Où suis-je né, désormais ? dans Réponses photo (daté novembre 2021,  n°344).

« Un noir et blanc équilibré, des cadrages soignés et toujours justes, et même des instants décisifs. »  Yann Garret
« Certaines images me rappellent Raymond Depardon, et adoptent même la distance chère à celui-ci. »  Thibaut Godet

La rubrique « Lecture d’un portfolio » est un exercice auquel j’ai accepté de me prêter, où l’on récolte critiques et compliments. Contrairement à mes écrits, je n’ai pas soumis publiquement un travail achevé, mais toujours en développement. Dans cette phase, la sévérité du jugement peut inciter à quitter sa zone de confort, à se montrer plus exigeant. Comme avec les « oui » et plus encore les « non » de Gilles Dumay en marge du manuscrit du Vaisseau ardent.

Première leçon : le choix des images (et leur importance respective dans la mise en page), avec la mise en avant de cette ruelle. Longtemps, je n’ai été inspiré que par les éclats de lumière (ici, plus que là où je vis, désormais, les ciels peuvent être magnifiques, capricieux, menaçants), et cette grisaille m’a toujours renvoyé dans ma chambre ou à mon bureau. Tenter de saisir l’essence de cette luminosité égale n’a pas été évident, mais convaincant. Le choix de la rédaction confirme cette démarche.

Deuxième leçon : le piège de la nostalgie. Ma quête est introspective et se déroule dans mon village natal. Mais je n’ai aucun regret, je n’éprouve aucune tristesse, je n’ai aucune envie de revivre quelque chose de mon enfance (ingrédients de la définition du mot nostalgie). S’il y a interrogation, c’est sur l’origine de mon regard, de ma sensibilité aux formes, aux matières, à l’équilibre géométrique. Et, puisque c’est là qu’il s’est forgé, est-ce là encore qu’il peut évoluer? Le titre de cette série participe évidemment à orienter l’attente, même s’il contient la notion de rupture. 

Troisième leçon : l’émotion (ici, jugée insuffisante). Il me semble que ce reproche est lié à la nostalgie, laquelle, précisément, n’est qu’émotions. Mais cela va plus loin. Délibérément, mes photos sont inanimées. Pas de personnage, ni attachant visage ni main tavelée. Les seuls éléments vivants, ce sont les oiseaux. Les seules choses qui bougent, ce sont le ciel, les girouettes, les ombres. Tout le reste est immobile, figé. Parce que c’est ce qui demeure, ou qui paraît immuable. Quand la photographie a été mon métier, je m’intéressais principalement aux sujets humains, au reportage social (avec une dimension politique, d’engagement, sans laquelle la photo se résume à la carte postale, et que je ressens dès que je tourne mon objectif vers quelqu’un). Mais j’étais également attiré par l’abstraction que l’on rencontre partout autour de nous (et pas seulement au musée), par ce qui semble si banal qu’on ne lui prête pas attention. D’où, certainement, cette distance, voire une priorité donnée au cadrage (plus qu’à l’instant), comme en compensation de cette négligence commune.

Ma dernière photo d’avant cette publication: le ballet des oiseaux au crépuscule, vu du jardin.

 

Un avant-goût du dérèglement climatique

Mon premier livre n’était pas un roman, mais une étude sur le bilan agronomique des haies. « Sauver le bocage », édité par une association régionale, le CREPAN, en 1977, dressait pour la première fois un panorama complet sur les effets des brise-vent et de leur maillage sur la production agricole. Supervisé par le Muséum d’Histoire naturelle de Paris, il démontrait les bienfaits d’un réseau de haies convenablement entretenues sur le microclimat, et par répercussion sur le climat régional. A contrario, il insistait sur les dérèglements climatiques liés à une pratique abusive du remembrement et de ses travaux connexes (assèchement des mares, canalisation des cours d’eau, arasement des haies et des bosquets, agrandissement des parcelles pour favoriser les monocultures). Pour ne pas donner prise aux critiques, qui tenaient les écologistes pour de doux rêveurs, je n’avais abordé la biodiversité favorisée par cette « forêt linéaire » uniquement dans ses répercussions agricoles.

Quelques années plus tard, j’ai publié dans L’Univers du vivant un article de 17 pages sur l’histoire des bocages (normands, français, internationaux).

Le dérèglement climatique qui commence à se manifester de façon si spectaculaire n’est fondamentalement pas dû à d’autres phénomènes que ceux que je relevais, dont la cupidité et la surconsommation. 

Ce thème (lié au rôle de la religion dans le défrichement), je l’aborde dans le (long) roman dont j’achève l’écriture.

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