En février 2019, lauréat d’une bourse d’écriture, j’ai séjourné dans la maison familiale pour y avancer mon roman. J’ai alors appris que mon village natal avait changé de nom, passant de Écouché à Écouché-les-Vallées. Je l’ai ressenti comme une invitation à redécouvrir ce qui ne m’apparaissait plus être autant mon village.
Ainsi, lors de mes pauses, j’ai commencé à photographier ce que j’y retrouvais et ce qui m’étonnait. Mais, très vite, je me suis éloigné de cette approche “documentaire”, et j’ai abandonné la couleur pour restituer en noir et blanc, non plus ce que je voyais, mais ce que je percevais. L’influence exercée par ces lumières, ces matières et ces formes ne se retrouve pas uniquement dans mon regard, mais aussi dans ma sensibilité de romancier – comme l’importance des silhouettes hérissées, des ciels tourmentés, de la pénombre pluvieuse.
Ma quête est donc délibérément devenue introspective : qu’est-ce qui me touche intimement, dans ce petit périmètre ? Qu’est-ce qui me fait vibrer, aujourd’hui encore ?
Rues, ruelles et sentes de ce village se parcourent en moins de deux heures, et de telles images j’aurais pu les prendre partout ailleurs. Mais celles-ci sont chargées d’une signification personnelle, aucune n’est gratuite, toutes me content une histoire. C’est là que mes yeux ont appris à se régaler, que mon imaginaire s’est construit.

Du jardin, ce bout de ciel où nous scrutions le retour des martinets, tous les 1er mai. Plusieurs nichaient dans notre toit, ce n’est plus le cas depuis trop longtemps.

L’église, omniprésente, avec ses allures de cathédrale foudroyée.

Dans ce jeu d’ombres se cache l’une des ruelles que j’aime toujours autant arpenter, et qui figure dans mes romans.

Le foisonnement des matériaux, comme le pragmatisme de leur emploi, crée des effets de textures et de formes qui contrastent avec les lignes épurées des contre-jour  qu’offre le ciel normand.

Ciel terne, ennuagé, mais aussi ces toitures anguleuses, hérissées de cheminées et d’antennes (ici, avec ces décorations de Noël) : tel m’apparaît l’hiver qui, dans ma jeunesse, commençait avec la rentrée des classes.

Au champ de foire, en début de soirée, les aires de jeu n’attirent que quelques grappes de jeunes, et quelques pigeons.

Mais il pleut si souvent, et il bruine bien davantage. Aux lumières crues, succède une grisaille qui unit le ciel, la pierre et la terre.

Clin d’oeil, rue des Sieurs (non loin de la sente aux Dames).

Du fond du jardin, où tous les soirs passent les oiseaux (corneilles, pigeons, étourneaux).

Des oiseaux, toujours des oiseaux.

Les silos de la coopérative agricole s’imposent aux regard, comme pour revendiquer nos racines paysannes (bien que deux industries, autrement sonores, fournissent davantage d’emplois).

L’ombre du clocher de la chapelle du cimetière figure le tronc d’un résineux, sur une haie jardinée qui borde la route qui conduit à la plaine, où les arbres ont tous disparu.

Heureusement, entre deux pluies, que d’éclaircies ! La magnificence des nuées contamine l’affluence de câbles qui sillonnent la campagne.

D’innombrables fois, j’ai emprunté cette route, côté plaine, déjà fasciné par les clôtures et leurs étranges projections.

Autre destination de mes promenades juvéniles, en direction des bois qui ont inspiré Contes de la plaine et des bois.

 

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