littérature et photographie

Catégorie : Photographie (Page 1 of 30)

Désobéissance civile

Juste en bas de mon immeuble, il y a ce carrefour de deux rues, dont une devient étroite, véritable goulot d’étranglement, que compliquent un arrêt de bus, une entrée de parking et un sens unique. Le tout dessert un hôpital et un RER. Au sol, tout est bien indiqué, que l’on roule ou que l’on marche, l’itinéraire est clairement tracé. 
Abondance ne nuit pas, dit-on, mais ici, tout le monde peste. D’autant que les passages piétonniers obligent à un détour, sans garantie de visibilité et donc, de sécurité. Nous sommes nombreux à traverser selon une ligne de désir qui n’est pas sans risques.

Désobéissance civile. Région parisienne, 13 février 2023

C’est une situation commune. Qui se plie, du moins dans nos contrées, aux consignes des passages piétons ? Je les ai enseignées à mes enfants, les contraignant même à s’assurer que les voitures respectaient les feux, mais je leur ai démontré le contraire à maintes reprises. Ce faisant, je les ai soumis à cette contradiction : suivez les règles (on a peint le sol à cet effet), mais pas toujours. 
Ainsi, d’un côté, nous avons tout un dispositif réglementaire dûment signalé, et puis notre impatience qui s’en affranchit. Théorie et pratique.
Le sujet serait banal si traverser comme bon nous semble ne mettait pas nos vies en jeu – les nôtres, celles des enfants qui nous imitent.
Le sujet n’en serait pas un, non plus, si théorie et pratique privilégiaient le piéton sur l’automobile.

Faux espoir

Alors que je déambulais dans les couloirs du métro pour enrichir ma série sur le Miroir subliminal, je suis tombé sur la juxtaposition accidentelle ces deux affiches. Immédiatement, j’ai songé au 7-octobre. Puis, en m’attardant sur la couverture du livre sur Jérusalem, j’y ai vu un espoir, celui d’une cohabitation pacifique. Mais cela tranchait tellement avec la tournure qu’avaient pris les événements… Lorsque je la regarde, désormais, j’éprouve tant de tristesse. De la colère, aussi. Y compris envers les spectateurs qui se contentent d’une indignation cyclique, puis s’en retournent à leurs affaires.

Métro. Paris, 10 mars 2024

Notre Lascaux

Depuis que j’ai lu Micromegas, au lycée, je m’amuse à regarder autour de moi comme si je venais d’un autre monde et que je m’efforçais de comprendre celui-ci. Et voilà que sur un parking, je découvre ces trois personnages. Certes, la simplicité des pictogrammes vise à une intelligence universelle immédiate. C’est louable et justifié, mais… Au fil des mois, ces peintures s’incrustent dans le sol, se confondent à l’asphalte. Qu’en penserait un extraterrestre, s’il ne demeurait que cela de nous ? La modestie du trait figure un renouveau de l’art pariétal. Ces empreintes nous décriront-elles comme des génies technologiques ou une espèce primitive ?

Notre Lascaux
Région parisienne, 15 février 2023. 

#streetphotography #streetart #photo #climat #urbanisme #design

Festival street art

Trois images de ce week-end, lors du Festival de street art d’Antony (92). 

Un enfant, pull jaune et casque de cycliste bleu, pose devant une peintre de street art représentant une mésange nourrissant son petit, dans les mêmes couleurs. Au fond, on voit un artiste sur son escabeau. © Jean-Claude Marguerite
Le matériel d'une artiste de street art, la photo du singe qu'elle a représenté, sur un bout de toile avec un chiffon et un pinceau. © Jean-Claude Marguerite

La faune y était un thème majeur, dont des oiseaux familiers ou des animaux de nos forêts, représentés comme sujets plus que comme prétexte à démonstrations de style. J’y ai vu de la nostalgie, mais aussi un soupçon de revendication. Voire, l’expression d’un manque. Les enfants n’étaient pas les seuls à manifester un intérêt pour ce thème.

Soumis et soumises.

Paris, affiche(s), 22 décembre 2003.

Ce petit homme a bien du mal à escalader ce corps. Contrairement à ce que proclame le graffiti, c’est la femme qui le domine. Mais on ne voit d’elle que le soutien-gorge, d’une teinte associée à la volupté. Et puis, à l’évidence, cette disproportion relève du gag. Pourtant, bien des hommes pourraient s’identifier à ce personnage, qui tente d’atteindre ce que le texte clame. Ils s’évertuent à se comporter à l’exemple du mâle alpha, alors qu’ils ignorent qu’ils pourraient s’affirmer autrement, sans démériter. Mais le savent-ils? Ou, plus exactement, leur laisse-t-on le savoir?
Le sexisme repose sur un modèle auquel la plupart des hommes s’échinent à se conformer, alors qu’il ne leur correspond pas. Et bien des femmes s’accordent à ce stéréotype, qui ne leur convient pas davantage.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Clouée.

Paris, affiche(s), 28 juillet 2007.

Clouée. Cette femme qui nous regarde est clouée à un mur, maculé. La plaie ne s’est pas refermée, la peau a rosi. Depuis combien de temps ces projections couvrent-elles ses yeux, qu’elle ne détourne pas ? Elle nous regarde. Qu’attend-elle de nous ?
L’emplacement est celui du troisième œil, dont ce supplice la prive. Comme si son tortionnaire redoutait un pouvoir spécifique à son sexe, sorcellerie et compagnie. Mais qu’importent les raisons de son martyre, ses yeux nous fixent intensément, ils ne dépérissent pas. Ils ne nous condamnent pas pour autant. Ils nous livrent à nos propres interrogations. Qui peut mériter pareil traitement ? Qu’avons-nous laissé faire ?
Et vous, que voyez-vous ?
Chaque dimanche, une photo commentée du sexisme dans Le Miroir subliminal du métro parisien.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Lacérée.

Paris, affiche(s), 20 septembre 2019.

Pourquoi lacère-t-on l’image d’une femme ? La photographie originale est prise en plongé et ne montre pas si cette femme est debout ou couchée, mais elle est dominée. On ne sait rien de son regard, sa bouche ouverte ne nous renseigne pas sur le lieu, le contexte, les enjeux. Mais quelqu’un a apporté son cutter et a découpé en deux grands gestes ce visage. Sans autre indice que ces plaies de papier, cet acte haineux relève de la misogynie. Que me dit-il encore ?
Son auteur a agi sous l’injonction d’une double projection. Il s’en est pris à une photo, il s’en est pris à ce que cette illustration éveille en lui. C’est sa tentation qu’il combat, sa propre faiblesse qu’il exhibe. Son incapacité à contenir ses pulsions le fait procureur et bourreau. L’accusée est innocente, elle n’en est pas moins sa victime.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Le poids des regards.

Paris, affiche(s), 11 décembre 2023.

Image faite ou image prise ? Ces amalgames accidentels sont parfois si évidents, si limpides, que l’on pourrait croire à un montage. Ici, le maquillage de l’homme trahit une mise en scène, alors que lui répond le dessin minimaliste d’une femme. Les deux visages se font écho – cadrages et proportions identiques, même exagération des expressions. 
Même les déchirures semblent habilement ajoutées. La principale pourrait simuler un vandalisme fortuit, sa diagonale sépare les deux protagonistes à parts égales ; les autres soulignent le regard de l’un, comme des flammes qui en jaillissent, ou abîment le visage de l’autre. Ce voisinage fait cliché, tant il illustre clairement la menace usuelle que ressentent la plupart des femmes dans le métro. 

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

Objets de désir.

Paris, affiche(s), 2 juin 2004.

La jeune femme évite notre regard, comme pour nous laisser l’envisager. Ses épaules sont nues, sa peau dorée est fleurie d’une improbable décoration qui recouvre sa poitrine, qui court peut-être jusqu’au bas de son ventre. Mais une autre femme prend le relais, quelque peu austère, ainsi vêtue de noir. Ses mains plus âgées soutiennent ses seins que seuls ses doigts modèlent. L’amalgame évoque moins l’opposition des générations que la dualité du don et du refus.
Mais, il y a une troisième femme, dont on n’aperçoit que les lèvres closes dans le fouillis des déchirures. Quel est son rôle, celui d’une observatrice ? Sa présence et son mutisme changent la scène, les deux autres ne sont plus seules en cause. La troisième annonce moins la multitude que la généralité du sort des femmes, objets de désir. Et ce qui semblait une double attitude n’en forme plus qu’une. Si la jeune femme évite notre regard, c’est pour se protéger.

Et vous, que voyez-vous ?

Chaque dimanche, une photographie commentée du miroir subliminal du métro parisien.

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