Les sculptures masculines du Père-Lachaise accusent une étrange uniformité : des hommes fiers et satisfaits, admirables. La représentation des femmes s’avère plus variée et s’ouvre sur un large registre d’émotions – pleurs, passion, force, sensualité, abnégation. Certes, parfois de manière convenue. Pourtant, à mieux y regarder, ces figures de pierre suggèrent bien davantage… Les hommes, pour glorieux qu’ils apparaissent, mais tout autant dénués de subtilité, se confondent ou s’estompent de nos mémoires ; ces femmes, non.

Sur deux ans, lorsque j’étais Parisien et vivais à deux pas de là, je ne me suis rendu au Père Lachaise qu’une douzaine de fois pour photographier ; le plus souvent en milieu d’après-midi et jusqu’à la fermeture.

Très rapidement, le format carré s’est imposé, au point de m’inciter à acquérir un 6×6, revendu ensuite. Pas très adroit avec le système de chargement, limité par les douze poses par bobine, je me suis trouvé contraint à photographier avec lenteur – moi qui ne me souvenais que de l’empressement du reporter. Mes sujets immobiles s’y prêtaient faussement – formes et matières s’animent avec la lumière, et changent selon l’heure et les nuages, le degré d’humidité et la saison ; le vent bouscule les ombres des branchages et façonne le ciel ; les passants passent ou ne s’y décident pas ; et encore quelques oiseaux et chats qui s’épient, se toisent, se pourchassent…

Je n’ai pas employé de trépied, ni recadré aucun cliché.