Le débat sur l’IA dans le monde de l’édition m’amène à m’interroger sur ce que j’appelle littérature. Je suis un lecteur souvent déçu, bien des romans ne me semblent pas mériter ce titre. Trop de livres ne font qu’exploiter une idée, avec ou sans style, avec ou sans originalité. Ailleurs, on les qualifierait de divertissement.
L’IA repose sur des prompts, c’est-à-dire des directives. On peut lui indiquer des intentions, lui soumettre un cahier des charges bien tourné. C’est un outil capable de produire de tels livres, susceptibles d’offrir une lecture satisfaisante pour beaucoup. Est-ce suffisant pour qualifier ce produit de littéraire ? C’est du commerce.
Kundera, dans L’Art du roman, affirme que l’histoire n’est pas importante, que le roman ne vaut que par les thèmes que cette histoire travaille et qui la travaillent. Ce qui fait sa qualité, c’est la dimension personnelle de ce travail, ces séries de connexions intimes, non reproductibles. C’est l’œuvre d’un individu, l’expression d’une pensée humaine unique – complexe, inaboutie souvent, raison pour laquelle on récrit toujours le même livre.
Le lecteur perçoit confusément ce fondement qui ne se résume ni à l’histoire contée ni aux thèmes abordés : c’est entre les lignes que se reconnaît la littérature. C’est pour cette raison que nous gardons des livres que nous n’avons pas seulement “consommés”, parce qu’ils nous rappellent qu’ils contenaient davantage que ce qui y est écrit, qu’il en reste quelque chose, que leur proximité nous fait du bien.