littérature et photographie

Catégorie : strict street photography

Le Serpent d’eau

La pluie n’aura pas duré dix minutes, en pleine vague de chaleur de cette fin juillet. Les trottoirs s’assèchent déjà. Mais les caniveaux débordent, ce peu d’eau tarde à s’évacuer. Cela fait une demi-heure que l’averse a cessé. 
Comme une proportion importante de mes images de la série, j’ai pris cette photo à quelques dizaines de mètres de chez moi, pour un déplacement si bref et banal que je n’avais emporté mon téléphone. Mon rendez-vous a duré plus que prévu, à mon retour, ce serpent d’eau s’était résorbé de moitié seulement.

Serpent d’eau. Région parisienne, 30 juillet 2026.

Serpent d’eau. Région parisienne, 30 juillet 2026.

On concentre notre attention sur les gaz à effet de serre, mais l’adoption de véhicules propres ne changera rien à l’artificialisation des voies de circulation. Ni à leur volume. Avec des conséquences sur la température, l’assèchement du sous-sol urbain, les inondations ponctuelles ou brutales. 
Lorsque j’ai écrit mon premier livre, Sauver le bocage, voici déjà un demi-siècle, je tentais d’alerter les agriculteurs sur le rôle des haies dans la préservation des nappes phréatiques. Nous savions l’importance de cet enjeu. Mais, l’avantage immédiat étant le seul retenu, on a détruit le système agraire de nos campagnes et bitumé nos moindres rues. Fous que nous sommes !

Désobéissance civile

Juste en bas de mon immeuble, il y a ce carrefour de deux rues, dont une devient étroite, véritable goulot d’étranglement, que compliquent un arrêt de bus, une entrée de parking et un sens unique. Le tout dessert un hôpital et un RER. Au sol, tout est bien indiqué, que l’on roule ou que l’on marche, l’itinéraire est clairement tracé. 
Abondance ne nuit pas, dit-on, mais ici, tout le monde peste. D’autant que les passages piétonniers obligent à un détour, sans garantie de visibilité et donc, de sécurité. Nous sommes nombreux à traverser selon une ligne de désir qui n’est pas sans risques.

Désobéissance civile. Région parisienne, 13 février 2023

C’est une situation commune. Qui se plie, du moins dans nos contrées, aux consignes des passages piétons ? Je les ai enseignées à mes enfants, les contraignant même à s’assurer que les voitures respectaient les feux, mais je leur ai démontré le contraire à maintes reprises. Ce faisant, je les ai soumis à cette contradiction : suivez les règles (on a peint le sol à cet effet), mais pas toujours. 
Ainsi, d’un côté, nous avons tout un dispositif réglementaire dûment signalé, et puis notre impatience qui s’en affranchit. Théorie et pratique.
Le sujet serait banal si traverser comme bon nous semble ne mettait pas nos vies en jeu – les nôtres, celles des enfants qui nous imitent.
Le sujet n’en serait pas un, non plus, si théorie et pratique privilégiaient le piéton sur l’automobile.

Notre Lascaux

Depuis que j’ai lu Micromegas, au lycée, je m’amuse à regarder autour de moi comme si je venais d’un autre monde et que je m’efforçais de comprendre celui-ci. Et voilà que sur un parking, je découvre ces trois personnages. Certes, la simplicité des pictogrammes vise à une intelligence universelle immédiate. C’est louable et justifié, mais… Au fil des mois, ces peintures s’incrustent dans le sol, se confondent à l’asphalte. Qu’en penserait un extraterrestre, s’il ne demeurait que cela de nous ? La modestie du trait figure un renouveau de l’art pariétal. Ces empreintes nous décriront-elles comme des génies technologiques ou une espèce primitive ?

Notre Lascaux
Région parisienne, 15 février 2023. 

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