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Le Serpent d’eau

La pluie n’aura pas duré dix minutes, en pleine vague de chaleur de cette fin juillet. Les trottoirs s’assèchent déjà. Mais les caniveaux débordent, ce peu d’eau tarde à s’évacuer. Cela fait une demi-heure que l’averse a cessé. 
Comme une proportion importante de mes images de la série, j’ai pris cette photo à quelques dizaines de mètres de chez moi, pour un déplacement si bref et banal que je n’avais emporté mon téléphone. Mon rendez-vous a duré plus que prévu, à mon retour, ce serpent d’eau s’était résorbé de moitié seulement.

Serpent d’eau. Région parisienne, 30 juillet 2026.

Serpent d’eau. Région parisienne, 30 juillet 2026.

On concentre notre attention sur les gaz à effet de serre, mais l’adoption de véhicules propres ne changera rien à l’artificialisation des voies de circulation. Ni à leur volume. Avec des conséquences sur la température, l’assèchement du sous-sol urbain, les inondations ponctuelles ou brutales. 
Lorsque j’ai écrit mon premier livre, Sauver le bocage, voici déjà un demi-siècle, je tentais d’alerter les agriculteurs sur le rôle des haies dans la préservation des nappes phréatiques. Nous savions l’importance de cet enjeu. Mais, l’avantage immédiat étant le seul retenu, on a détruit le système agraire de nos campagnes et bitumé nos moindres rues. Fous que nous sommes !

Replanter ou disparaître

Sécheresse, canicules, orages, incendies et inondations… En 1977, j’abordai les prémices des dérèglements climatiques dans “Sauver le bocage”, première étude consacrée à ce type de paysage dans ses implications agricoles, supervisée par le Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Édité par le CRÉPAN (Comité Régional d’Étude pour la Protection et l’Aménagement de la Nature en Normandie), où il resterait quelques exemplaires, sinon on peut en obtenir sa version PDF.

Un réseau de haies s’apparente à une forêt linéaire, laquelle agit de deux façons sur le climat. D’abord en affaiblissant les vents au niveau des sols (ce ne sont pas des murs, mais des brise-vent, semi-perméables) et donc en évitant érosion et assèchement. Ensuite en facilitant la reconstitution des nappes phréatiques. Les pluies peuvent être violentes, les feuillages retiennent l’eau avant d’en imprégner lentement le sol. Puis, par temps sec, les arbres puisent dans cette réserve et la redistribuent (évaporation-transpiration). 

Ces deux facteurs contribuent à créer et maintenir un microclimat tempéré. Et, à l’échelle d’une région, ces microclimats se conjuguent et forment un climat plus vaste, plus ancré.

La condition pour atteindre cette efficacité, c’est la constitution d’un maillage fermé de haies. Elles peuvent enclore de grandes surfaces, tout s’étudie localement (vents, relief, environnement). L’argument de la perte de terrain, qui a conduit à l’arasement massif des haies, se voit désormais compensé par la perte croissante de rendement des Beauce artificielles.

Face au risque de stopper l’exploitation de terres agricoles, faute de rentabilité économique due aux dérèglements climatiques et aux pratiques agricoles dominantes, la question de replanter n’est plus anodine.

D’autant que les arbres absorbent nos excès de CO2. 

Les arbres tempèrent le climat en régulant le transfert de l’eau entre les nuages et les nappes phréatiques.